Linda Degand Taormina

Le bonheur est dans la yourte

In 2009, Conso, Déco / Design, Ecologie / Environnement, Quelle Santé, Société on octobre 9, 2011 at 18:54

Ils sont de plus en plus nombreux à choisir la yourte comme nouvel espace de vie. Habitat traditionnel des peuples nomades d’Asie centrale, ce petit chapiteau de bois, de toile et de feutre se sédentarise en Occident. Douillette, économique, écologique, elle est en passe de devenir le pied-à-terre des amoureux de la nature.

« Lorsque j’ai créé mon entreprise il y a trois ans, je visais le marché des villages de vacances. En fait, c’est le marché de l’habitation qui s’est emparé du concept. » Thierry Rouelle, gérant de la société Yourte contemporaine, est formel. Si certains l’utilisent comme espace de détente au fond du jardin ou la louent comme chambre d’hôtes atypique, d’autres y élisent domicile toute l’année.

Dans tous les cas, la yourte, cette tente circulaire originaire d’Asie centrale, fait des émules dans nos contrées occidentales. Et s’il est difficile pour les Européens de s’accommoder des modèles traditionnels des nomades turkmènes, kirghiz, kazakhs, ouzbeks, kalmouks, bouriates ou mongols, de plus en plus nombreux sont les fabricants français à proposer des yourtes modernes et adaptées à notre mode de vie contemporain. Adieu toile peinte et porte ouvragée, la yourte moderne affiche un design épuré, avec des couleurs allant du bourgogne au chamois.

Pour François, sa femme Isabelle et leurs deux petites filles, installés dans l’Orne depuis trois ans, hors de question de vivre à la bougie : « Ce n’est pas parce que l’on fait le choix d’un habitat plus écologique que l’on revient à l’âge de pierre, ironise François. Contrairement aux idées reçues, notre yourte est équipée de tout le confort moderne. » Salle de bains, cuisine avec lave-vaisselle et réfrigérateur, téléphone, ordinateur et Internet… On retrouve ici tout ce que peut offrir une maison classique, la rondeur en prime.

Retour à la nature
« Pour rien au monde, je ne retournerai dans un appartement ! » Tel un Robinson, Tom vit depuis 10 ans avec sa compagne Nikita dans une yourte de 50 m². Un goût prononcé pour l’aventure et les grands espaces et les voilà installés dans le Lubéron. « Avant, nous vivions dans un tipi. La yourte s’est avérée plus spacieuse et facile à chauffer. » Dans une zone rurale un peu reculée, loin du bruit et des pots d’échappement, Tom a conçu son espace vital. « Le matin, je suis réveillé par le chant des oiseaux », s’extasie-t-il.
Dans les Pyrénées-Atlantiques, Jonas vit en couple dans une yourte rudimentaire (il a investit 6 000 euros pour s’offrir une yourte de 40 m²). Pour ce jeune charpentier, fils de garde forestier, vivre dans les bois est tout naturel. « Comme je travaille avec mon père, je me suis installé sur le terrain de la maison. Je me passe d’électricité mais j’ai accès à l’eau froide pour la vaisselle. Pour la douche, je fais chauffer de l’eau sur le poêle à bois qui me sert de chauffage l’hiver et les toilettes sèches se trouvent dans un petit cabanon à l’extérieur. » Une vraie philosophie de vie. Car on n’habite pas une yourte comme on habite une maison conventionnelle.

Entre cabane et vraie maison
Avant de se transformer en habitat sédentaire en Europe occidentale, ce petit chapiteau de toile et de feutre est à l’origine conçu pour suivre les populations dans leurs déplacements. Un couple expérimenté peut ainsi démonter ou remonter une yourte en trois heures. Un néophyte aura besoin d’une demi-journée et de quelques bras. Moins basique que la yourte mongole ou kirghize, la yourte européenne apporte, outre les fondamentaux du confort moderne que sont l’électricité et l’eau courante, un supplément d’espace et d’intimité.
Le choix du terrain est capital. Il doit être plat et net, à l’abri du vent. Habitat léger par excellence, la yourte n’est pas ancrée au sol, mais posée sur un planché en bois surélevé par des plots pour l’isoler de la fraîcheur et de l’humidité. L’empreinte sur le sol est ainsi réduite et le paysage préservé. Mais pour plus de confort, mieux vaut prévoir un minimum de travaux de terrassement. Un mois avant la livraison de la yourte, posez sur le terrain une bâche pour aplatir la végétation. Autre option : retourner la terre au motoculteur et à étaler une couche de gravier pour isoler la yourte de l’humidité.
Pour le revêtement extérieur, les toiles utilisées ne sont pas les mêmes qu’en Asie et pour cause : notre climat est bien plus humide. Les fabricants proposent donc une toile de coton traitée contre les moisissures, une bâche nautique ou encore un vinyle PVC. La différence ? Leur durée de vie. Ainsi, la toile de coton, la plus écologique, même traitée, est à remplacer tous les cinq ans.
Sous la toile, plusieurs couches de feutre, une étiffe faite de laine de mouton agglomérée par pression et ébouillantée, isolent la yourte. Mais certains fabricants préfèreront un isolant industriel fabriqué à partir de ouate de cellulose et de feuilles d’aluminium.
Les murs sont constitués de treillis en bois (du pin Douglas, du frêne ou du chêne) liés par des cordages ou des rivets. C’est la forme circulaire de la yourte qui lui confère sa bonne résistance au vent, même par des tempêtes jusqu’à 150 km/h. Au-dessus des treillis, on fixe des perches en bois (droites pour les yourtes mongoles, courbes pour les yourtes kirghizes) qui rejoignent une coupole centrale dont la fonction première est d’évacuer les fumées qui se dégagent du poêle à bois et de laisser entrer la lumière dans l’habitat. Cette coupole est couverte d’une bâche transparente ou d’un dôme en plexiglas.
A vous d’y ajouter votre petit grain de sel : baies vitrées pour plus de lumière, mezzanine, cloisons… Il n’est pas rare de voir fleurir plusieurs yourtes de petite taille accolées à une yourte principale par des sas en feutre et toile ou par des doubles portes en bois afin de disposer de plusieurs pièces.
La plupart des fabricants proposent une prestation de livraison et de montage.

Economique et écologique
Outre son prix, de 2 000 € pour une petite tente mongole à 85 000 € pour une grande yourte de 70 m² tout équipée, c’est le caractère écologique de la yourte qui fait son succès. Même importée, même de fabrication industrielle, l’écobilan de la yourte reste inférieur à celui d’une maison classique, fût-elle éco-conçue. « Pour 35 000 €, nous avons fait installer un poêle à bois haute performance pour nous chauffer l’hiver, un chauffe-eau solaire qui assure 70 % de la production d’eau chaude, un système de phytoépuration pour les eaux usées, un puits canadien pour la climatisation naturelle et des toilettes sèches », s’enorgueillit François, qui prévoit de compléter son installation par une petite éolienne. « Un gros investissement au départ, mais au bout du compte nous sommes gagnants, car nous n’aurons plus de factures à régler. » Livré en kit et monté en trois jours, son joli pied-à-terre de 68 m² avec pièces à vivre et mezzanine ne lui a coûté que 85 000 €, équipement compris. Un investissement raisonnable pour un rêve d’habitat alternatif.
La yourte de Tom, de dimensions plus réduites, s’agrémente de tous les équipements modernes : « J’ai installé des panneaux solaires, une éolienne et des toilettes sèches. » Le tout pour la modique somme de 8 000 € environ. « Et je réalise une économie de 500 € par mois. L’équivalent d’un loyer. »

Des avantages mais aussi des inconvénients
Une yourte, c’est démontable, transportable, réparable et recyclable à 100 % et elle ne nécessite que peu de matériaux de construction. Mais la vie en yourte n’est pas un long fleuve tranquille.
A commencer par l’isolation phonique. Mieux vaut opter pour un terrain isolé, éloigné de tout axe de circulation. Mais pas seulement. « Vivre en yourte, c’est être en contact direct avec la nature. Donc, quand il pleut très fort, c’est bruyant et quand il y a du vent, les murs se déforment légèrement », admet Pierre-Philippe Schaeffer d’Horizon Yourte.
De plus, comme la yourte a très peu d’inertie, elle se refroidit aussi vite qu’elle se chauffe. Il est donc primordial d’investir dans un poêle à bois performant pour éviter des réveils matinaux glacials en plein hiver. « Il existe d’autres moyens pour se chauffer qui privilégient les énergies renouvelables, comme le radiateur électrique rayonnant, le poêle à granulés de bois, la pompe à chaleur… précise Thierry Rouelle. Seul le chauffage au sol est à exclure du fait du plancher en bois. »
Côté sécurité, une yourte n’est pas inviolable. « Non seulement il est facile de couper la toile et les tissus isolants, mais il est extrêmement aisé de couper le treillis en bois, aussi solide soit-il », reconnaît Olivier Dauch, de la Maison Voyageuse.

Permis de construire
Après avoir pesé le pour et le contre, évalué le montant de l’habitation et trouvé le terrain idéal, c’est décidé, la vie en yourte est faite pour vous. Mais attention, avant de réaliser un tel investissement, sachez qu’il y a des règles à respecter. Légalement, le statut de la yourte dépend de son degré d’équipement. Si elle ne possède pas de bloc sanitaire ni de cuisine, elle est alors considérée comme une tente et peut être installée sur un terrain privé pourvu que la commune n’ait pas interdit le camping.
Dans le cas d’une yourte véritablement habitable, elle est alors assimilée à une habitation légère de loisirs (HLL). Selon le Code de l’urbanisme, en dehors des installations en camping, villages de vacances et maisons familiales de vacances, l’implantation des HLL est soumise au droit commun des constructions. Elles font l’objet d’une déclaration en mairie pour les yourtes de moins de 20 m² tout compris ou d’un permis de construire pour les yourtes de plus de 20 m². Dans les deux cas, la mairie a le droit de refuser votre projet. D’où la nécessité de privilégier des communes ouvertes à la yourte, comme il en existe par exemple dans la Creuse ou dans les Pyrénées-Orientales.
Pour mettre toutes les chances de votre côté et être certain d’obtenir votre permis de construire, évitez les lotissements de plusieurs dizaine de parcelles et présentez votre projet comme une « maison circulaire écologique à ossature en bois » plutôt que comme une yourte.
Il est possible de passer outre ces formalités administratives. Pour cela, il suffit de démonter et de réinstaller votre yourte régulièrement. C’est un peu contraignant, mais à ce prix, vous renouerez avec l’esprit originel de votre habitation : le nomadisme.

Pensez aux associations
Plusieurs associations à but non lucratif militent pour la reconnaissance des habitats légers et écologiques. C’est notamment le cas de l’association Halem (Habitants de logements éphémères ou mobiles), qui publie des études, propose des textes réglementaires ou législatifs, organise des conférences et des débats et participe à des actions concrètes pour la mise en place de ce type d’habitat. L’association Ma Cabane (Mouvement autogéré des chercheurs en habitats autonomes, novateurs et écologiques) se démène pour garantir l’accès à un logement librement choisi et défend l’installation d’habitats à faible empreinte écologique.

Halem, Ancienne Usine, Chemin de Vaux, 91580 Auvers-Saint-Georges. 06 18 94 75 16, halemfrance@halemfrance.org, www.halemfrance.org
Ma Cabane, 7, rue de la Basse, 66500 Prades. 04 68 05 69 40, contact@macabane.info, www.macabane.info

Essayez la yourte d’hôte
Plus écolo que la maison de campagne, plus confortable que la tente de camping, la yourte d’hôtes fait fureur. A moins d’une heure de Paris, près de Melun, Nomade Lodge a installé dix yourtes de 15 m² à 66 m² dans un parc en bordure de forêt. Comptez 60 € par personne la nuit. A Castellane, dans les Alpes-de-Haute-Provence, Destination Ailleurs propose un séjour en yourte (150 € les deux nuits pour deux personnes) avec une formule bien-être. A Monêtier-les-Bains, dans les Hautes-Alpes, le village de yourtes Shaïmak propose des activités comme la randonnée de nuit à raquettes assortie d’un repas montagnard pour 50 € par personne, sans la nuitée.

Nomade Lodge, Ferme de la Boulaye, Mauperthuis, 77720 La-Chapelle-Gauthier. 01 43 54 77 04, www.nomade-lodge.com
Destination Ailleurs, Quartier Latinaud-Eoulx, 04120 Castellane. 04 92 83 29 06, www.destination-ailleurs04.com
Shaïmak, Rue du Canal, Le Casset, 05220 Monêtier-les-Bains. 06 64 96 97 46, www.shaimak.fr

> Quelle Santé, Septembre 2009

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